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L'instabilité: de nouvelles donnes pour rebâtir

  • Photo du rédacteur: José Raserijaona
    José Raserijaona
  • 3 mai
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 mai

Nous sommes dans l’entrepreneuriat, ce monde où des hommes et des femmes s’ingénient et se dépensent pour   créer de la richesse, développer des emplois, et améliorer les  revenus de  leurs ménages. Ce  monde-là est instable , car on n’y naît pas égaux ni identiques, et on s’y évertue  à marquer sa différence pour mieux produire et vendre davantage que son concurrent.

 

Un monde qui fait penser à une cour des miracles où les plus futés et les résistants survivent. Mais un monde que nous désirons voir porteur de travail humain et de confort social.

 

Nous sommes des éducateurs dans ce monde instable.

 

Notre mission est de persuader nos  entrepreneurs  et nos étudiants qu’il faut oser penser différent et travailler autrement si on veut sortir de ce marécage de crabes et de boues qu’est devenu  notre monde des affaires.

 

Ils sont jeunes et moins jeunes, ils ont des entreprises précaires, certains sont porteurs de projets, et d’autres veulent donner un sens à leur métier,  mais tous souhaitent la liberté d’entreprendre et veulent braver des risques pour parvenir à une vie meilleure.

 

Notre mission est aussi de promouvoir des cadres de travail pour eux.

 

A quoi bon se convaincre que l’on peut entreprendre différemment et que l’on peut réussir autrement, si les efforts et les projets sont voués à l’échec car les cadres pour développer des entreprises et créer des emplois, sont biaisés ?

 

Nous avons interpellé nos dirigeants successifs en leur disant  qu’il faut réajuster quelques textes et  corriger quelques pratiques , et nous pourrions permettre à d’innombrables bonnes volontés de participer à la construction commune de notre économie. Mais ils sont tous  des gens très occupés, convaincus de leur responsabilité, et  avides de spectaculaires.

 

Et cependant, nous devons réagir ensemble

 

Nous ne pouvons pas continuer  à  compter sur des  industries des écolages qui débouchent sur des activités  éphémères et des revenus dérisoires, pour préparer nos générations de jeunes.

 

Reprenons des modèles du passé, qui convenaient à notre culture sociale mais qui sont tombés sous des vents contraires : le fokonolona des producteurs , le service national volontaire, les projets ruraux des jeunes,  les régiments de développement, et quelques autres … Ce sont autant d’expérimentations qui militent pour une seule vision : la valeur et la force du travail collectif pour nous reconstruire.

 

Des frères africains ont tracé de tels chemins avant nous. Des penseurs du Sud, comme l'économiste togolais Kako Nubukpo, ont aussi souligné leur pertinence.

 

De notre côté , nous avons expliqué à des responsables, à des communautés, et à des étudiants, ici et là, que nous pourrions promouvoir ensemble un nouveau modèle  de travail collectif, variante économique du fokonolona, fondé sur une dynamique d’épargne et de crédit. Un tel modèle pourra aider  à résoudre nos insuffisances chroniques de croissance économique, de création d’emplois, de rentrées fiscales , et de cohésion sociale.

 

Mais nous sommes tous endormis par la manie de nous en remettre à nos créanciers institutionnels pour guider  le pilotage de notre économie, comme nous nous sommes toujours reposés sur l’investisseur étranger pour apporter les innovations, la technologie, et les financements.

 

 

Notre message d’éducateur : l’instabilité est inéluctable et continue , partout dans le monde, il suffit de regarder la télé pour s’en rendre compte. Mais il nous appartient  de faire l’effort d’œuvrer ensemble pour apprivoiser le changement qu’elle apporte.

 

Le changement peut faire peur et nourrir des hésitations, mais il est aussi porteur de nouveaux souffles pour rebâtir.


Chronique du Dr José Raserijaona, ancien ministre des finances,

                       éducateur en Entrepreneuriat collectif

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